au devant de l enclos

au devant de l enclos est une présence qui trône :
impassible
un seul commandement :
ce destin !
par dessus
la lune éclate :
littéralement
ses fragments sont des fractales
aussi ce soir le clair de lune est insaisissable


sans trembler sans fléchir
tu traverseras le royaume où la mort te guette
dans la cour les fleurs embaument
et les végétaux te sont nourriture propice
enivre toi de la vision !
emporte le fruit de la terre :
ton viatique pour la longue route


l éclair dans le ciel écarlate tombe sur terre en gouttes de feu :
liquide
la banquise conserve la trace dans la glace
pour les géologues à ensevelir
héroïque le souffle pulvérise le stalactite
étape après étape
le chemin parcourt la terre
les méandres


aux abords tous sont aux aguets
les regards aiguisés
à l affût le signe ce soir est inatteignable
attends le matin du sacre de l aube
quand le ciel de rosée embrase la terre
quand se lève le peuple des sylves
les sèves sauvages et la vie indomptée :
sagesse terrestre dans la splendeur universelle


et au plus profond :
tu sais
le végétal t accompagne :
immobile
plongée en apnée et ivresse des profondeurs
visions des crépuscules qui se déploient ininterrompus
souffle suspendu de l éveil :
qui t atteindra ?
quand tu avances par delà les frontières terminales des mondes


les contrées… disent ils attendent
mais qui pourra prétendre ?
et ceux qui vivent vraiment sont ceux qui avancent hors sécurité
la main tendue
la parole ouverte :
ils te font signe
ils gardent le silence longtemps
ils ont tant à dire à ta vie
qui aime ?
qui t attache ?
qui part ?


multiples et de l onde
ici tous nous sommes
de la planète terre !
par transversalité est la présence au système stellaire
lévite avec la voie lactée
milliards d étoiles… qui ose ?
un seul désir :
vous contempler
si vous êtes alors rien ne manque
pure présence de l ultime


et à travers les couches géologiques :
les sédiments
les roches de quartz sont vibration
ô pierres d opale
instants d éternité vous faites éclore les strates d anthracite
en translation
gemmes d améthyste
avec vous la lumière est l éclat pourpre de toutes les aurores


graphites sous atmosphère de carbone
le ruisseau qui vous charrie si clair… où court il ?
montagnes en majesté !
maîtresses des vallées et des continents aux bords où le fleuve plonge
les océans et leurs sédiments qui décantent
ce sera toujours une seule planète !


mais au cœur de la grotte où tout se tient blotti
tout revient à toi en paix
en douceur chaque chose connaît son heure
crapauds grenouilles amphibiens et lichens dans l humidité
puissent les lucioles vous conter le passage de la lumière !


dans ta main tu saisis une motte de terre
et la vie planétaire te ressaisit
où tu creuses le sillon
les cyanobactéries t accompagnent et te digèrent
dis ! sans elles où en est ta vie ?


fonds maritimes !
réticulaires
algues multiples vertes et rouges et bleues encore
coraux centenaires qui abritez l invaincu
réceptacles profonds de la biosphère
vous recelez encore l inconnu !
coquillages sur la rive au souvenir de l être à la pureté transcendantale
votre chant est écho en provenance
connecté depuis les profondeurs de la galaxie
présence interstellaire :
météorite !
tu tombes à la verticale
et tes acides aminées seront bientôt protéines universelles
et toi mer étale
tu reflètes les étoiles qui dansent dans ta profondeur sereine


dans la proximité un enfant silencieux marche sur les galets
qui connaît le nombre total des astres
dans la pénombre douce de la chambre vide
à la fenêtre est une femme seule qui rêve
dans le bois au soir est un oiseau sur une branche foudroyée
qui malgré tout chante encore
dans ta main est un don
qui malgré tout dit toute la générosité de ce monde
dans ta gorge une parole
une seule
un mot qui éclot à ta bouche
un seul
qui dit :
merci !
merci pour cette vie !


marche sans peur car c est une pensée
qui dit au cœur : qu espériez vous ?
c est ainsi que tourne ce monde
armez vous de courage !
et dans un pays lointain vit un ami inconnu
sache qu il fait mûrir la vie dans la splendeur de l aube


au soir la ville entière plane
et devant le temple silencieux
sur les marches endormies
habite une présence frissonnante
insoupçonnée
le sens même des mots que tu dis ce soir est universel
parce que toi tu es qui tu es sous le firmament ébloui
et pour toujours nous t en serons reconnaissants


le fer du portail du jardin est intense et rouillé dans les herbes
il grince quand on l ouvre :
mais qui dirait non à une telle invitation ?
et tous les poissons du monde connaissent le secret
sont ils si heureux dans l eau ?


en cet instant précis la vitre transparente scintille à ton passage
et le miroir reflète en étincelles ton approche
qui des deux mérite ta présence ?
toutes les colonnes à la surface de la terre se tiennent verticales pour soutenir le
monde
et tant de constance imprègne au loin les habitats
qui des deux fera vivre les vivants ?


approche et dis !
apaise ton souffle et porte témoignage
pour les décennies les siècles et les millénaires à venir
oui !
la terre est belle !
elle en est indicible
insaisissable à ton approche
inaudible à ta parole comme la sonde
qui plonge dans le cœur insondable de l être


bitume fracassé
la route est une trace dans la lave fragmentée
kilomètre après kilomètre
logarithmes de fractales
par delà la lande tu iras
là où tu te souviens avoir cueilli la première étoile en fleur
et tu nous reviendras à travers le poudroiement
les étincelles d aurore
parce qu à travers toi
l univers le dit le proclame :
l indicible sens de la vérité de l être

Vladimir Muhizi