voici

voici :
c est le premier jour depuis la fin de l hibernation
et partout alentours :
l aurore profond
scintillent les milliers d étincelles du crépuscule du matin
chaque configuration viable du vivant qui pressent frémit et tressaille
et les avenirs lointains :
les limites terminales de l être
où le végétal se remémore
exhale la plus fine rosée
où l aube articule le songe empli de silence
pour soutenir la biosphère entière
et l éveil à la planète terre
mais aujourd hui n est pas hier
et chacun qu il le sache ou non le veuille ou non l admette ou non
a déjà posé un pas après la première vague de l anthropocène
bienvenue !
c est l épocalité où ce schème inédit qui ne compose pas
déplie et déploie implacable les univers conceptuels hominiens :
l insondable entropie
ici aussi bien des questions restent en suspens
toujours le mystère de l être
mais si haut trônent les membres élus d anthropos
ceux qui composent l oeuvre de l indicible
au quarante quatrième étage
si profonde est la soif
si loin portent les regards du désir
et de ces prémisses si court tourne toute intelligence
puis ceci est ouvertement déclaré :
chaque vivant qui expire sur cette planète est leur otage
comme ils sont appelés à l être eux mêmes en fin de course
et quand la bio-techno-sphère
saute d une trajectoire
le temps d un souffle de quelques générations
les derniers vivants sur les rives métaphysiques
l ailleurs des conditions minimales de survie
le stress anthropique qui pèse sur la planète d une telle densité
bien des noeuds des réseaux
qui maintiennent la précaire coexistence globale implosent en série
et tous sont emportés dans la conflagration générale
maintenant déployez la perception
puisque c est précisément de cela dont il est question :
un système universaliste de productions d échanges et de consommations
de capitaux de biens services des vivants et de personnes
tendu vers un horizon physiquement inaccessible
géologiquement insoutenable
et une emprise que plus rien ne semble en mesure de pallier
le temps qui reste à respirer
quelles quantités de pluies acides peuvent ils absorber ?
quel autre aurore espérer ?
pour qui ?
une fourmi se tient suspendue sur le bord ultime du nénuphar
et fait le guet
pour qui ?
qui sait ?
recueillie elle scrute la lune éclatante
sans pourtant pressentir la profondeur limpide
jusqu à l insondable qui porte son vaisseau
elle s abreuve du sacre du souffle inspiré des étoiles
qui chevauchent les ondes cosmologiques
pour les années lumières
venues ici pour te cueillir
cette parole dans la distance qui appelle à considérer
cette pensée qui exécute sans faillir la danse de l extase par delà l horizon
et cette immense prière peut être la plus colossale jamais adressée à l univers
par homo pour sa justification propre
et voici cette espèce après l avant dernière vague
rendue à son rang énergétique initial parmi le vivant
et pour elle tout orgueil anthropocentrique évanoui
puisque les processus d entropie ici bas sont irréversibles
et quelle géoingénierie invoquer ?
prendre en compte ce qu elle n a jamais pu voir
voulu voir
l indescriptible prolifération des mondes bactériologiques
pour que si tant périssent alors ceux là persistent
car elle
survivra
voici donc les choses de l univers rendues à elles mêmes à l univers

Vladimir Muhizi


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